Les piliers de la kehila
Eliezer Ben-Haïm (Haïmzon) zal
Eliezer Ben-Haïm (Haïmzon) est né en 1935 dans la bourgade de Majdan, près de Kolbuszowa, au sud-est de la Pologne, cinquième de six enfants. Son père, Shmouel Haïm, était vitrier et allait de bourgade en bourgade à pied.
En septembre 1939, son père - le seul des environs à lire les journaux allemands - comprit ce qui approchait, et la famille s’enfuit vers l’est. L’aînée, Rachel, en visite chez une tante à Cracovie, revint à la bourgade chercher les siens - elle fut fusillée dans la forêt avec tous ses Juifs.
Puis ce furent Lwów, la déportation en Sibérie, et quatre années dans la ville de Nookat, près d’Och, au Kirghizistan. Le père fut mobilisé dans l’Armée rouge comme interprète dans les camps de prisonniers allemands ; la mère éleva seule cinq enfants - ménages chez les autres, bouillie de maïs, ration de cent grammes de pain. « Je me couchais affamé et je me réveillais affamé », racontait Eliezer.
Après la guerre - trois mois de train pour revenir en Pologne. À Szczecin, la mère apprit le sort de sa fille aînée et de toute sa famille ; son cœur commença à lâcher. Puis les camps de personnes déplacées d’Allemagne : Berlin, Rosenheim, Schwarzenborn, Kassel, Feldafing. En juillet 1949, elle mourut à Munich ; sa tombe est parmi les premières du nouveau cimetière juif de la ville.
Les malades n’avaient pas le droit d’émigrer, et la famille restait bloquée au camp - alors, à quinze ans, Eliezer partit seul : en train jusqu’à Naples, puis à bord du navire Komemiyout ; le 2 septembre 1950, il débarqua à Haïfa. Aux fonctionnaires qui ne lui trouvaient pas de place, il dit : « Renvoyez-moi en Allemagne - d’ici, je ne bougerai pas. » Une place se trouva : le village de jeunesse Nitzanim, près d’Ashkelon, où il apprit la serrurerie et la plomberie. Son père et ses sœurs arrivèrent en 1952 - à la ma’abara Amishav de Petah Tikva.
En 1955, il fut incorporé à la brigade Givati et passa six mois en embuscades nocturnes face aux fedayins, à la frontière de Gaza. Puis quatre guerres : la campagne du Sinaï, la guerre des Six Jours, la guerre d’usure et la guerre de Kippour - 166 jours dans le Sinaï. « Les balles tombaient autour de moi comme la pluie sans me toucher. Ma mère veillait sur moi. »
En 1962, il épousa Adina. Trois enfants, dix petits-enfants - « un minyan », souriait-il. À Petah Tikva, il fut parmi les fondateurs de la synagogue Tiferet Tsvi, et des décennies durant, des générations de fidèles reçurent de sa bouche la birkat kohanim.
« Aimez ce pays - nous n’en avons pas d’autre, disait-il. Et surtout : qu’il y ait la paix entre nous. Sinon, nous n’avons pas d’avenir ici. »
D’après le témoignage vidéo enregistré par Yad Vashem à Petah Tikva, novembre 2022.